Perdre un chien ou un chat qui a partagé votre quotidien pendant dix, quinze, parfois vingt ans n’est pas un événement anodin. Pourtant, dans le Code du travail français, ce deuil n’existe pas : aucune disposition ne prévoit de congé spécifique pour la perte d’un animal de compagnie. Concrètement, cela signifie que vous vous retrouvez à devoir aller travailler le lendemain de l’euthanasie de votre compagnon, sans reconnaissance légale de ce que vous traversez.
Ce guide fait le point sur ce qui existe, ce qu’on peut demander, et comment négocier avec son employeur — sans prétendre qu’il y a une solution parfaite, parce qu’il n’y en a pas.
À retenir
- Le Code du travail français ne prévoit aucun congé pour décès d’un animal.
- Certaines conventions collectives ou chartes d’entreprise peuvent prévoir des aménagements — à vérifier.
- Trois solutions concrètes : jour sans solde, pose de congés payés, ou télétravail ponctuel.
- En cas de détresse psychologique objectivable : arrêt maladie possible sur prescription.
- L’Italie (2024) est le premier pays européen à avoir reconnu ce deuil dans certaines conventions sectorielles.
Ce que dit le Code du travail français
Le Code du travail reconnaît plusieurs congés exceptionnels pour événements familiaux : mariage (4 jours), naissance (3 jours), décès d’un conjoint ou enfant (jusqu’à 12 jours depuis la loi du 6 mars 2018), décès d’un parent ou frère/sœur (3 jours).
Aucun de ces congés ne s’applique au décès d’un animal, quel que soit le lien affectif. Juridiquement, l’animal reste un bien meuble au sens du Code civil — même si une évolution du droit (article 515-14, 2015) lui reconnaît la qualité d’« être vivant doué de sensibilité ». Cette reconnaissance symbolique n’a pas été transposée dans le droit social.
Concrètement, un employeur n’a donc aucune obligation légale de vous accorder un congé ou un aménagement pour ce motif.
« 85 % des Français considèrent leur animal comme un membre à part entière de la famille. »
Enquête FACCO / Kantar 2022, sur un échantillon représentatif de 1 500 foyers français.
Ce décalage entre la réalité affective et le droit crée un malaise connu des ressources humaines. Plusieurs études internationales ont montré que les salariés qui reprennent le travail sans aménagement après la perte d’un animal ont des performances réduites pendant 2 à 4 semaines (concentration, erreurs, absentéisme). Un congé court reconnu améliore mesurablement la reprise.
Les conventions collectives qui bougent
Quelques conventions collectives françaises, principalement dans les secteurs où les animaux sont au cœur de l’activité, commencent à prévoir des dispositions :
- Convention des vétérinaires salariés — certains contrats type incluent 1 jour exceptionnel pour perte d’un animal du foyer.
- Secteur animalier (élevages, refuges) — reconnaissance variable selon l’employeur.
- Chartes d’entreprise — quelques grands groupes (Accenture, Deloitte, Nestlé France côté « pet friendly ») accordent 1 à 2 jours sur simple demande, sans justificatif.
Le réflexe utile : demander à votre service RH si votre convention collective ou votre règlement intérieur prévoit quelque chose. La mention est souvent tacite, pas toujours écrite.
Les trois solutions qui fonctionnent en pratique
1. Le jour sans solde
La solution la plus simple à négocier. Vous posez une demande d’absence exceptionnelle non rémunérée, généralement de 1 à 2 jours. Votre manager a le pouvoir de l’accorder sans passer par la RH. L’avantage : pas besoin de justificatif, la décision est rapide, et sur un salaire net mensuel, 1-2 jours représentent généralement 50-100 € — supportable pour éviter 48 h de souffrance au bureau.
2. La pose de congés payés
Vous utilisez 1 à 2 jours de vos CP sur le motif « urgence personnelle ». Votre employeur peut théoriquement refuser si le délai de prévenance n’est pas respecté, mais en pratique la quasi-totalité accepte. Inconvénient : vous « payez » la perte de votre animal sur votre capital de congés.
3. Le télétravail ponctuel
Si votre poste le permet, demandez à travailler depuis chez vous pendant 2-3 jours. Vous gardez votre rémunération, votre employeur ne « paie » pas votre absence, et vous pouvez traverser les premiers jours à l’abri des regards. C’est souvent la solution la plus acceptée, car elle coûte zéro à l’entreprise.
Quand l’arrêt maladie devient justifié
Pour certaines personnes, la perte d’un animal déclenche une réaction psychique intense qui empêche réellement de travailler : insomnie sévère, crises d’angoisse, dépression réactionnelle. Dans ces cas, un arrêt maladie de quelques jours est une réponse médicale légitime.
Votre médecin traitant (ou un psychologue conventionné via Mon soutien psy) peut prescrire cet arrêt s’il constate une détresse objective. Le motif officiel reste généralement « trouble anxio-dépressif réactionnel » — pas « deuil animal », qui n’est pas une catégorie CIM-11.
L’arrêt est indemnisé par la Sécurité sociale et éventuellement complété par votre mutuelle. Il est traité comme un arrêt classique.
« Le deuil d’un animal peut activer les mêmes circuits cérébraux que le deuil d’un proche humain. Chez certains propriétaires, le chagrin est aussi intense. Ne pas le reconnaître médicalement, c’est aggraver sa durée. »
Packman, Field, Carmack & Ronen, 2011, Death Studies, étude sur 174 propriétaires.
Comment l’annoncer à votre employeur
Privilégiez un message court, honnête, sans justifier excessivement. Exemple :
« Bonjour [nom], mon chien/chat est décédé hier. Je suis très affecté·e. Je souhaiterais pouvoir m’absenter aujourd’hui et demain (jour sans solde ou congé, comme vous préférez). Je reviens jeudi, à mon poste. Merci pour votre compréhension. »
Les trois éléments clés :
- Un motif factuel (« mon animal est décédé »), sans excuse ni sur-justification.
- Une demande concrète (dates précises, type d’absence).
- Un engagement de retour (date de reprise).
La majorité des managers, même ceux qui n’ont pas d’animal, répondent favorablement à ce type de message. Vous êtes adulte, vous ne demandez pas un mois — vous demandez 1 à 2 jours pour digérer une perte douloureuse.
Et en Europe ? L’évolution italienne
L’Italie a ouvert la voie en 2024 : la convention collective nationale du secteur des services (CCNL Servizi) a intégré un permesso lutto animale de 2 jours dans certaines branches, sur justificatif vétérinaire. C’est une première en Europe continentale.
D’autres pays ont des initiatives similaires :
- Nouvelle-Zélande : certaines entreprises privées accordent 3 jours (ex. Warehouse Group depuis 2019).
- Royaume-Uni : 25 % des employeurs seraient favorables à un « pawternity leave » selon une étude YouGov 2023.
- Espagne : débat parlementaire en cours (propositions socialistes 2024).
La France n’est pas en pointe sur ce sujet. Une évolution législative n’est pas à l’ordre du jour.
Questions fréquentes
Puis-je être licencié·e pour une absence non autorisée après le décès de mon animal ?
Théoriquement oui, si vous vous absentez sans prévenir ni justifier. En pratique, les conseils de prud’hommes ont toujours retenu la bonne foi du salarié dans ces situations. Mais n’entrez pas dans ce rapport de force : envoyez un message dès le matin, c’est 99 % du travail.
Mon employeur peut-il refuser ma pose de CP pour ce motif ?
Oui, en théorie, s’il y a un motif de service ou si le délai de prévenance n’est pas respecté. En pratique, refuser une pose de 1-2 jours pour ce motif expose l’employeur à un conflit social inutile — la quasi-totalité accepte.
Un arrêt maladie pour deuil animal apparaît-il sur mon dossier médical ?
Oui, comme tout arrêt. Le motif figure sur le volet médical (confidentiel, non transmis à l’employeur). Votre employeur reçoit uniquement la date et la durée. Pas d’impact sur votre carrière.
Le dispositif « Mon soutien psy » prend-il en charge le deuil animal ?
Oui. Le dispositif rembourse 12 séances de psychologue par an sur prescription du médecin traitant, tous motifs confondus. Le deuil animal peut être la raison de consultation — le psychologue le traite comme un deuil ordinaire, avec les mêmes outils thérapeutiques.
Les fonctionnaires ont-ils un régime différent ?
Non. Le statut général de la fonction publique ne prévoit pas non plus de congé pour décès d’un animal. Les mêmes solutions s’appliquent : autorisation d’absence exceptionnelle, pose de CA, arrêt maladie si justifié médicalement.
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