Aides financières après un décès : ce à quoi vous avez droit

Démarches & conseils · 9 min de lecture

L’essentiel en 5 minutes

Les principales aides à connaître après un décès

  • 💰 Capital décès Sécu : 3 925 € (art. L361-1 CSS) — formulaire S3180 auprès de la CPAM
  • 💰 Capital décès prévoyance employeur : 1 à 5× le salaire annuel du défunt (souvent ignoré — vérifier auprès des RH)
  • 👫 Pension de réversion : 54 % de la retraite (régime général, 55 ans min, conjoint marié uniquement — PACS et concubinage exclus)
  • 👶 Enfants orphelins : ≈ 187 €/mois par enfant (Allocation de Soutien Familial, CAF)
  • 🏦 Frais d’obsèques : la banque débloque jusqu’à 5 910 € sur le compte du défunt (art. L312-1-4 CMF) sur facture des pompes funèbres

Beaucoup d’aides existent mais aucune ne se déclenche automatiquement. En cas de doute sur vos droits, simulez sur mes-aides.gouv.fr ou poussez la porte d’un France Services (gratuit, 2 700 points partout en France).

Un décès entraîne presque toujours des difficultés financières immédiates : frais d’obsèques à régler en quelques jours, perte d’un revenu, charges fixes qui continuent de tomber. Les aides existent — entre les capitaux décès, la pension de réversion, l’allocation veuvage, les soutiens aux orphelins et les aides locales, on peut atteindre plusieurs milliers d’euros au total — mais elles sont éparpillées entre cinq ou six organismes différents, et aucun ne vous prévient spontanément. Ce guide fait le tour complet de ce à quoi vous pouvez prétendre, comment le demander, et dans quels délais.

À retenir

La plupart des aides sont cumulables. Les principales : capital décès Sécurité sociale (3 925 € en 2026, art. L361-1 CSS), capital décès mutuelle / prévoyance (1 000 à 30 000 €), pension de réversion (54 % de la retraite), allocation veuvage (≈ 680 €/mois si moins de 55 ans), allocation de soutien familial (≈ 187 €/enfant orphelin). À demander dans des délais variables — certaines fenêtres se ferment dès 30 jours après le décès.

1. Capitaux décès : le premier filet de sécurité

Le « capital décès » est une somme forfaitaire versée en une fois aux ayants droit. Plusieurs capitaux peuvent se cumuler selon les organismes auxquels le défunt cotisait.

Capital décès du régime général (Sécurité sociale)

Montant : 3 925 € en 2026 (revalorisé chaque année, art. L361-1 du Code de la sécurité sociale). Versé par la CPAM si le défunt était salarié, demandeur d’emploi indemnisé, en invalidité ou en arrêt accident du travail dans les 3 mois précédant le décès. Demande sur le formulaire S3180. Exonéré d’impôt. Délai prioritaire : 30 jours pour les personnes à charge ; 2 ans pour les autres ayants droit.

Capital décès des régimes spéciaux

  • Régime agricole (MSA) : capital équivalent au régime général, versé par la caisse MSA de rattachement.
  • Indépendants (artisans, commerçants, professions libérales) : capital spécifique calculé sur les revenus du défunt, versé par la CPAM depuis l’intégration de la SSI en 2020.
  • Fonctionnaires : capital décès statutaire versé par l’employeur public ou la CNRACL (territoriaux / hospitaliers). Montant ≈ 1 an de traitement brut + majorations pour enfants.
  • Retraités : pas de capital décès du régime général, mais possibles capitaux décès complémentaires via AGIRC-ARRCO ou Ircantec — à vérifier auprès de la caisse de retraite.

Capital décès de la prévoyance / mutuelle

La quasi-totalité des salariés sont couverts par un contrat de prévoyance d’entreprise (convention collective ou contrat individuel) qui prévoit un capital décès complémentaire. Montant typique : 1 à 5 fois le salaire annuel brut du défunt, parfois davantage pour les cadres. Démarche : contacter le service RH de l’employeur du défunt (qui transmet à l’organisme de prévoyance) ou directement l’organisme (AG2R, Malakoff Humanis, Klesia, Apicil, Pro BTP…).

Capital obsèques (contrat dédié)

Si le défunt avait souscrit un contrat obsèques (en capital ou en prestations), le capital prévu (généralement 2 000 à 8 000 €) est versé soit directement aux pompes funèbres choisies, soit aux bénéficiaires désignés. À ne pas confondre avec l’assurance-vie classique (régime fiscal différent).

2. Pension de réversion : un revenu durable pour le conjoint

La pension de réversion est une fraction de la retraite que le défunt percevait (ou aurait perçue) — versée au conjoint survivant, à vie. C’est souvent l’aide la plus structurante sur le long terme.

Régime général (CARSAT / CNAV)

Le conjoint marié bénéficie de 54 % de la retraite de base du défunt, sous condition d’âge (55 ans minimum) et de ressources (plafond ≈ 24 232 € pour une personne seule en 2026). Demande à formuler auprès de la CARSAT / CNAV ou via le portail unique info-retraite.fr.

Régimes complémentaires

AGIRC-ARRCO (salariés du privé) : 60 % de la retraite complémentaire, sans condition de ressources mais sous condition d’âge (55 ans minimum, sauf cas particuliers : conjoint invalide, à charge d’au moins 2 enfants, ou ayant exercé une carrière minimum). Ircantec (contractuels du public), RAFP (additionnel fonction publique), CRPNPAC (navigants aériens) : règles variables. Demande unique via info-retraite.fr qui répartit auprès des bons régimes.

Fonction publique

50 % de la pension du défunt, sans condition de ressources ni d’âge, mais avec une condition de durée minimale de mariage (4 ans, ou 2 ans si le mariage a été célébré avant la cessation d’activité du défunt, ou sans condition de durée si un enfant est issu du mariage). Réf. : art. L38 et L39 du Code des pensions civiles et militaires de retraite. Demande au Service des Retraites de l’État (SRE) ou à la CNRACL selon le statut.

Important — PACS et concubinage exclus

La pension de réversion n’est ouverte qu’aux conjoints mariés (ou ex-conjoints divorcés non remariés, au prorata des années de mariage). Les partenaires de PACS et les concubins n’y ont pas droit, même après de longues années de vie commune. Cette règle fait régulièrement l’objet de propositions de réforme mais reste en vigueur en 2026.

Les droits successoraux du conjoint survivant (art. 757 C. civ.)

Au-delà de la réversion (qui est un revenu), le conjoint marié hérite directement du défunt — c’est la première question qui se pose en succession. La règle dépend de la composition de la famille :

  • Si tous les enfants sont issus du couple : le conjoint survivant a le choix entre ¼ en pleine propriété de la succession ou la totalité en usufruit (jouissance de tous les biens jusqu’à son propre décès). Réf. : art. 757 du Code civil.
  • Si un ou plusieurs enfants sont d’une union précédente : le conjoint survivant n’a plus le choix — il reçoit obligatoirement ¼ en pleine propriété uniquement (art. 757 al. 2).
  • Si le défunt n’a pas d’enfant : le conjoint survivant hérite de toute la succession, sauf en présence des parents du défunt (¼ revient alors à chaque parent vivant).

Une donation entre époux (signée chez le notaire avant le décès) peut élargir ces droits, jusqu’à donner au conjoint la totalité de la succession (quotité disponible spéciale entre époux, art. 1094-1 C. civ.). À envisager dans toute planification successorale.

PACS et concubinage

Le partenaire de PACS et le concubin ne sont pas héritiers légaux en l’absence de testament — la loi ne leur donne aucun droit sur la succession. Pour les protéger, un testament désignant le partenaire comme légataire est indispensable (le partenaire pacsé est alors exonéré de droits de succession, art. 796-0 bis CGI ; le concubin paie 60 %).

3. Allocation veuvage : aide temporaire avant l’âge de la retraite

Pour les veufs ou veuves de moins de 55 ans aux ressources insuffisantes, la CARSAT/CNAV verse une allocation veuvage (référence légale : art. L356-1 CSS). Montant : environ 680 €/mois (2025), pendant 2 ans maximum. Conditions cumulatives :

  • Conjoint marié (PACS et concubinage exclus, comme pour la réversion)
  • Moins de 55 ans à la date du décès
  • Ressources personnelles inférieures à un plafond (≈ 882 €/mois)
  • Résidence en France
  • Le défunt devait avoir cotisé au moins 3 mois dans les 12 derniers mois

Demande à faire dans les 2 ans suivant le décès, formulaire Cerfa 12098 à adresser à la CARSAT.

4. Aides pour les enfants devenus orphelins

Allocation de soutien familial (ASF)

Versée par la CAF à tout parent élevant seul un enfant orphelin d’un ou des deux parents. Montant 2025 : ≈ 187 €/mois pour un orphelin de père ou mère, ≈ 249 €/mois pour un orphelin des deux parents. Pas de condition de ressources, automatique pour les familles déjà connues de la CAF — sinon, demande sur caf.fr.

Rente d’orphelin AGIRC-ARRCO

Pour les enfants de moins de 25 ans (ou sans limite d’âge si handicap reconnu avant 21 ans) dont le parent salarié du privé est décédé : rente complémentaire versée par AGIRC-ARRCO, équivalente à 50 % de la retraite complémentaire du défunt par enfant.

Bourses et soutiens scolaires

La situation d’orphelin ouvre droit à des bourses scolaires majorées (collège, lycée), des bourses étudiantes sur critères sociaux (CROUS), et parfois à des aides exceptionnelles départementales. À solliciter auprès du Conseil départemental et du CROUS.

Maintien du logement et droits sociaux

Si le décès met en péril le maintien dans le logement : révision automatique de l’APL (CAF), accès au Fonds de Solidarité Logement (FSL) du département, et possibles aides d’urgence du CCAS de la commune.

5. Aides aux frais d’obsèques

Prélèvement direct sur le compte bancaire du défunt

La banque peut débloquer jusqu’à 5 910 € sur le compte du défunt pour régler les frais d’obsèques sur présentation de la facture des pompes funèbres et de l’acte de décès (plafond fixé par art. L312-1-4 CMF, montant 2025). Procédure simple et rapide, sans attendre la succession.

Aide de la CAF

Pour les familles allocataires en grande difficulté, la CAF peut accorder une aide exceptionnelle aux frais d’obsèques (montant variable, jusqu’à 1 500 € selon les départements). Demande à faire au plus tard 6 mois après le décès, dossier auprès du travailleur social CAF.

Aide du CCAS de la commune

Le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la commune de résidence peut octroyer une aide d’urgence pour les obsèques en cas de précarité avérée. Pratique très inégale selon les communes — à solliciter via la mairie.

Obsèques pris en charge par la mairie

Si le défunt n’a aucun proche capable de financer les obsèques, ou s’il a vécu dans la commune au moins 6 mois et qu’il est sans ressources, la mairie est tenue d’organiser les obsèques à ses frais (art. L2223-27 du Code général des collectivités territoriales). Inhumation simple en service ordinaire — pas de cérémonie élaborée.

6. Aides spécifiques selon le statut du défunt

  • Salarié : selon la convention collective, prime de décès employeur (ex. 1 mois de salaire), maintien du salaire pour le mois en cours, indemnités spéciales.
  • Indépendant / profession libérale : capital décès de la CIPAV (libéraux), CARCDSF (chirurgiens-dentistes / sages-femmes), CARMF (médecins), etc. — montants variables (5 000 à 50 000 €).
  • Fonctionnaire : capital décès statutaire = 1 an de traitement brut + majorations + capital décès complémentaire RAFP / Préfon / MGEN selon adhésions.
  • Ancien combattant / militaire : pension militaire d’invalidité réversible, allocation veuve de guerre, aides spécifiques de l’ONACVG.
  • Bénéficiaire du RSA / AAH : aide d’urgence du Conseil départemental pour frais d’obsèques, exonération de droits de succession.
  • Personne SDF : prise en charge par la commune du dernier domicile (art. L2223-27 CGCT) ou du lieu du décès.

7. Tableau récapitulatif des aides cumulables

AideOrganismeMontant 2026Délai maxBénéficiaire
Capital décès Sécu (régime général)CPAM3 925 €30 j (priorité) / 2 ansAyants droit du défunt salarié
Capital décès prévoyance / mutuelleOrganisme assureur1 à 5× salaire annuelVariable (souvent 2 ans)Bénéficiaires désignés
Pension de réversionCARSAT + AGIRC-ARRCO54-60 % retraitePas de délai (rétroactif 12 mois)Conjoint marié ≥ 55 ans
Allocation veuvageCARSAT / CNAV≈ 680 €/mois (2 ans max)2 ansConjoint marié < 55 ans, ressources insuff.
Allocation soutien familial (ASF)CAF≈ 187 €/enfant/moisPas de délai strictParent élevant seul un orphelin
Rente d’orphelin AGIRC-ARRCOAGIRC-ARRCO50 % retraite compl. / enfantJusqu’à 25 ansEnfants du défunt salarié privé
Déblocage compte bancaire (obsèques)Banque du défunt5 910 € maxAucune limiteFamille (sur facture obsèques)
Aide obsèques CAF / CCASCAF / mairieVariable (jusqu’à 1 500 €)6 moisFamilles en difficulté

8. À qui s’adresser pour vérifier vos droits

Outils officiels gratuits

  • Mes-aides.gouv.fr — simulateur public officiel qui passe en revue toutes les aides sociales auxquelles vous pourriez prétendre selon votre situation après le décès.
  • Info-retraite.fr — portail unique pour demander pension de réversion et tracer tous les régimes auxquels le défunt avait cotisé.
  • Service-public.fr — Pension de réversion — fiche officielle avec calculatrice intégrée.

Numéros utiles

  • 36 46 — Service Assurance Maladie (CPAM)
  • 39 60 — Service Assurance Retraite (CARSAT / CNAV)
  • 32 30 — Service Allocations Familiales (CAF)
  • 15 15 — Service AGIRC-ARRCO (retraite complémentaire)

Accompagnement gratuit local

Pour un coup de main face à la jungle administrative, plusieurs ressources gratuites :

  • Travailleur social de la CAF ou du Conseil départemental — peut vous accompagner dans toutes les démarches.
  • CCAS de la commune — orientation et aides d’urgence.
  • Associations d’aide aux familles en deuil (Empreintes, JALMALV, Apprivoiser l’Absence…) — soutien moral et orientation administrative.
  • France Services — 2 700 points d’accueil en France pour les démarches administratives, avec un agent dédié qui vous aide pas à pas.

Foire aux questions

Oui, dans la quasi-totalité des cas. Capital décès CPAM + capital décès mutuelle + pension de réversion + allocation veuvage (sous conditions) + ASF (pour les orphelins) + aide obsèques sont indépendantes les unes des autres. Seule exception : on ne cumule pas l’allocation veuvage et la pension de réversion (l’une succède à l’autre quand on passe le cap des 55 ans).
Oui — l’allocation de soutien familial (ASF) versée par la CAF est de ≈ 187 €/mois par enfant orphelin d’un parent (≈ 249 € si orphelin des deux parents). Pour les enfants du salarié décédé, s’y ajoute la rente d’orphelin AGIRC-ARRCO (50 % de la retraite complémentaire du défunt par enfant, jusqu’à 25 ans). Bourses scolaires majorées également ouvertes.
Oui. Depuis l’intégration de la SSI en 2020, le capital décès des indépendants est versé par la CPAM, avec un montant calculé sur les revenus du défunt. Les professions libérales relèvent de leur caisse spécifique (CIPAV, CARMF, CARCDSF, CARPIMKO, etc.) — montants souvent plus élevés (5 000 à 50 000 €). Renseignez-vous auprès de la caisse du défunt.
Non, malheureusement. La pension de réversion (régime général comme complémentaire) est strictement réservée aux conjoints mariés. Cette règle est régulièrement contestée mais reste en vigueur en 2026. En revanche, le partenaire pacsé reste héritier sans droits de succession (art. 796-0 bis CGI) et bénéficie souvent du capital décès de la prévoyance d’entreprise si désigné bénéficiaire.
Plusieurs solutions : (1) demander à la banque du défunt de prélever directement jusqu’à 5 910 € sur ses comptes pour les obsèques (art. L312-1-4 CMF) ; (2) solliciter une aide d’urgence du CCAS de la commune ou de la CAF ; (3) en cas d’absence totale de ressources, la commune du dernier domicile est tenue de prendre les obsèques en charge (art. L2223-27 CGCT). Aucune famille ne reste sans solution.

L’essentiel à retenir

Les aides financières après un décès sont nombreuses et la plupart cumulables, mais elles ne se déclenchent jamais automatiquement — chaque famille doit faire la démarche organisme par organisme. Priorisez dans les 30 jours : capital décès CPAM (formulaire S3180), capital décès de la prévoyance d’entreprise (via les RH), déblocage des fonds pour les obsèques (jusqu’à 5 910 € auprès de la banque). Sur le long terme : pension de réversion (info-retraite.fr) et allocation veuvage (CARSAT) pour le conjoint, ASF + rente d’orphelin pour les enfants. En cas de doute sur vos droits : mes-aides.gouv.fr, un travailleur social CAF, ou un agent France Services peut vous orienter gratuitement.

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