Votre mère ne reconnaît plus toujours votre prénom. Votre père sort de l’hôpital et il faut quelqu’un à la maison. Votre conjoint vient d’être diagnostiqué d’une maladie qui change tout. Vous voudriez être là, vraiment là, mais vous ne pouvez pas vous permettre de poser un mois de congé sans solde.
L’Allocation Journalière du Proche Aidant, ou AJPA, est faite exactement pour cela. C’est une aide de la CAF (ou de la MSA si vous relevez du régime agricole) qui vous verse 66,64 € par jour au 1er janvier 2026 (net de cotisations sociales, mais imposable au PAS), pour vous permettre de réduire ou suspendre votre activité professionnelle et accompagner un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap.
Vous pouvez en bénéficier jusqu’à 22 jours par mois, 66 jours par proche aidé, et désormais jusqu’à 264 jours sur toute votre carrière (réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2025). L’aide est versée directement sur votre compte, et le dossier se fait avec un seul formulaire.
Voici, concrètement, comment ça fonctionne, ce que vous touchez, ce qu’il faut préparer et combien de temps dure la démarche.
📞 Numéro vert national perte d’autonomie : 0 800 06 11 11 (gratuit, plus spécialisé)
- L’AJPA indemnise le congé de proche aidant à 66,64 € par jour au 1ᵉʳ janvier 2026
- Plafond : 22 jours par mois, 66 jours par proche aidé, dans la limite de 264 jours sur l’ensemble de votre carrière
- Conditions : aider un proche en perte d’autonomie reconnue (APA GIR 1 à 4, PCH, AEEH, AAH avec RQTH)
- Demande à faire à la CAF ou à la MSA selon votre régime, après accord de l’employeur sur le congé proche aidant
- Cumulable avec un temps partiel, l’AAH ou la retraite — mais pas avec d’autres indemnités similaires (allocation chômage, IJ maladie)
Êtes-vous concerné(e) ?
L’AJPA s’adresse à toute personne qui réduit ou cesse temporairement son activité professionnelle pour accompagner un proche dont la santé est très dégradée.
Côté aidant, vous pouvez en bénéficier si vous êtes :
- Salarié(e) du privé ou du public ayant demandé un congé de proche aidant à votre employeur ;
- Travailleur(se) indépendant(e) ou profession libérale qui réduit son activité ;
- Demandeur(se) d’emploi indemnisé(e) qui interrompt sa recherche pour aider ;
- Stagiaire en formation professionnelle rémunérée.
Vous devez aussi résider en France de manière stable et régulière (au moins 8 mois par an, conformément à l’article R111-2 du Code de la sécurité sociale).
Côté proche aidé, votre parent, conjoint, frère, sœur, enfant, grand-parent ou allié jusqu’au 4e degré peut ouvrir le droit à l’AJPA s’il se trouve dans l’une des situations suivantes :
- Un taux d’incapacité d’au moins 80 %, reconnu par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées, la structure départementale qui évalue le handicap) ;
- Un classement GIR 1, 2, 3 ou 4 (le GIR, ou Groupe Iso-Ressources, est l’échelle officielle de perte d’autonomie utilisée pour l’APA — l’Allocation Personnalisée d’Autonomie — pour les plus de 60 ans) ;
- Le bénéfice d’une prestation d’invalidité ou d’une majoration pour tierce personne.
Votre proche peut vivre à son domicile, chez vous, ou en EHPAD : l’AJPA n’exige pas que vous l’hébergiez. Elle reconnaît simplement votre rôle d’accompagnement régulier.
Combien touchez-vous, et pendant combien de temps ?
Montants au 1er janvier 2026 (revalorisés chaque année au 1er janvier sur le SMIC net) :
- 66,64 € net par journée d’aide ;
- 33,32 € net par demi-journée (si vous ne posez qu’une partie de la journée pour accompagner votre proche).
Vous pouvez fractionner votre aide en demi-journées, ce qui est utile si vous gardez une activité à temps partiel.
Plafonds à connaître :
| Plafond | Valeur |
|---|---|
| Maximum mensuel | 22 jours par mois |
| Maximum par proche aidé | 66 jours sur sa carrière |
| Maximum carrière (depuis 2025) | 264 jours au total, pour accompagner jusqu’à 4 proches différents |
Concrètement, si vous prenez 22 jours pleins en un mois, vous touchez 1 466,08 € ce mois-là (66,64 € × 22). Si vous étalez sur plusieurs mois en demi-journées, le total est versé au prorata.
Versement : l’allocation est versée mensuellement, après que vous ayez retourné chaque mois une attestation indiquant le nombre de jours d’aide effectivement pris (ou que votre employeur l’a fait, si vous êtes salarié(e)).
Bon à savoir : pendant que vous percevez l’AJPA, vous continuez à cotiser pour la retraite grâce à l’Assurance Vieillesse des Aidants (AVA). Ces jours ne sont donc pas perdus pour votre future pension. Attention, l’AVA couvre uniquement le régime général, pas la complémentaire AGIRC-ARRCO.
Comment l’obtenir — étape par étape
1. Vérifier votre éligibilité
Avant de remplir quoi que ce soit, assurez-vous d’avoir en main :
- La preuve du lien familial avec votre proche (livret de famille, acte de naissance) ;
- Le document attestant la perte d’autonomie de votre proche : notification MDPH avec taux d’incapacité ≥ 80 %, ou notification d’attribution de l’APA mentionnant le GIR ;
- Votre situation professionnelle : attestation d’employeur si vous êtes salarié(e), justificatif d’activité si indépendant(e).
2. Récupérer le formulaire Cerfa n° 16108*01
C’est le formulaire unique pour faire la demande, que vous releviez du régime général (CAF) ou du régime agricole (MSA). Vous pouvez :
- Le télécharger sur service-public.fr ou caf.fr ;
- Faire la demande en ligne depuis votre espace personnel « Mon Compte » sur caf.fr ou msa.fr, ce qui évite l’envoi papier.
3. Réunir vos justificatifs
Préparez en amont :
- Votre pièce d’identité ;
- Le justificatif de lien avec la personne aidée ;
- L’attestation de votre employeur mentionnant la date de début du congé proche aidant et sa durée prévisible (si vous êtes salarié(e)) ;
- Le document justifiant la perte d’autonomie de votre proche (MDPH ou APA) ;
- Un RIB au nom du demandeur.
4. Envoyer le dossier
Envoyez le dossier complet, soit :
- En ligne depuis votre espace caf.fr ou msa.fr (recommandé : plus rapide, suivi en temps réel) ;
- Par courrier à votre CAF ou MSA départementale.
5. Recevoir la réponse
Comptez généralement 2 à 4 semaines entre l’envoi du dossier complet et le premier versement. Si la CAF demande des pièces complémentaires, le délai démarre à réception du dossier complet.
⚠️ Méfiance : aucun site officiel ne vous demande de paiement pour vous aider à faire la demande AJPA. Les démarches sont gratuites sur service-public.fr ou directement auprès de votre CAF ou MSA. Méfiez-vous des sites qui proposent un « accompagnement payant à la constitution du dossier », des appels téléphoniques non sollicités prétendant accélérer votre demande, ou des courriels imitant le logo de la CAF demandant un paiement. La CAF ne vous demandera jamais d’argent pour traiter votre dossier.
Documents à préparer
- Pièce d’identité (carte d’identité ou passeport)
- Livret de famille ou acte de naissance (pour le lien familial)
- Notification MDPH avec taux d’incapacité ≥ 80 %, ou notification APA mentionnant le GIR 1, 2, 3 ou 4
- Attestation de l’employeur précisant la date et la durée du congé proche aidant (salariés)
- Justificatif d’activité (indépendants) ou notification Pôle emploi/France Travail (demandeurs d’emploi indemnisés)
- RIB à votre nom
- Formulaire Cerfa n° 16108*01 dûment complété et signé
Cas particuliers
Cumul avec le congé proche aidant : oui, et c’est même la situation classique pour un salarié. Le congé proche aidant permet de suspendre légalement votre contrat de travail (jusqu’à 3 mois renouvelables, dans la limite d’un an sur votre carrière), et l’AJPA vient compenser la perte de revenu pendant ce congé.
Cumul avec l’APA ou la PCH du proche : oui, votre proche peut continuer à percevoir l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) ou la PCH (Prestation de Compensation du Handicap) en parallèle. En revanche, vous ne pouvez pas être à la fois aidant rémunéré par votre proche via l’APA ou la PCH, et bénéficiaire de l’AJPA pour ces mêmes journées : c’est l’un ou l’autre.
Cumul interdit : vous ne pouvez pas percevoir l’AJPA si vous êtes en parallèle bénéficiaire de l’AAH (Allocation Adulte Handicapé), de l’AEEH (Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé), de l’
📊 AJPA vs AJPP vs AEEH — comment choisir ?
| Aide | Pour qui | Montant 2026 |
|---|---|---|
| AJPA | Aidant d’adulte ou enfant en perte d’autonomie | 66,64 €/jour (264 j max carrière) |
| AJPP | Parent d’enfant gravement malade (-18 ans) | 66,64 €/jour (310 j max sur 3 ans) |
| AEEH | Parent d’enfant handicapé (-20 ans) | 149,26 €/mois base + compléments |
⚠️ Non cumulable : si l’enfant est éligible AJPP ou AEEH, AJPA est exclu.
Aidant à distance : oui, vous pouvez bénéficier de l’AJPA même si vous n’habitez pas avec votre proche, dès lors que vous l’accompagnez de manière régulière (déplacements, gestion administrative, présence ponctuelle prolongée).
Plusieurs aidants pour un même proche : oui, plusieurs membres de la famille peuvent demander l’AJPA pour un même proche aidé, chacun avec son propre dossier et son propre compteur de jours.
Fiscalité : l’AJPA est imposable. Elle est soumise au prélèvement à la source et apparaîtra sur votre déclaration de revenus pré-remplie. Il s’agit d’un revenu de remplacement, traité comme tel par l’administration fiscale.
Vos recours si on vous refuse
Si votre demande est refusée, vous avez deux mois à compter de la réception de la décision pour contester.
Étape 1 — Recours amiable : adressez un courrier motivé à la Commission de Recours Amiable (CRA) de votre CAF ou MSA, en joignant la copie de la décision contestée et tout document utile (avis médical complémentaire, attestation de votre employeur, etc.). La CRA dispose ensuite de 2 mois pour répondre. Sans réponse passé ce délai, c’est un rejet implicite.
Étape 2 — Médiateur de la CAF : si la CRA confirme le refus ou ne répond pas, vous pouvez saisir le médiateur de votre CAF dans les 30 jours suivants. Cette démarche est gratuite et peut débloquer des situations sans aller jusqu’au contentieux.
Étape 3 — Tribunal judiciaire : en dernier recours, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire (pôle social) dans les 2 mois suivant la décision de la CRA. L’assistance d’un avocat n’est pas obligatoire. Vous pouvez bénéficier de l’aide juridictionnelle selon vos ressources.
Conseil pratique : avant de partir en recours, appelez le 3230 (numéro CAF) ou prenez rendez-vous en agence. De nombreux refus viennent de pièces manquantes ou mal interprétées, et un simple complément peut suffire à débloquer le dossier.
Pour aller plus loin
- 📞 CAF (votre département) : 3230 (service gratuit + prix d’appel)
- 📞 MSA (régime agricole) : numéro de votre caisse départementale
- 📞 Allô Service Public : 3939
- 🌐 Fiche AJPA officielle : service-public.gouv.fr
- 🌐 Formulaire Cerfa 16108*01 : service-public.gouv.fr
- 🌐 Pour les personnes âgées : pour-les-personnes-agees.gouv.fr
- 🌐 Mon Parcours Handicap : monparcourshandicap.gouv.fr
- 🌐 France Alzheimer (si maladie d’Alzheimer ou apparentée) : francealzheimer.org
- 🌐 France Parkinson (si maladie de Parkinson) : franceparkinson.fr
« L’AJPA permet pour la première fois de rémunérer le temps consacré à un proche fragile, sans renoncer à votre droit à la retraite. »
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Questions fréquentes
Oui. C’est tout l’intérêt du fractionnement en demi-journées : vous pouvez par exemple travailler le matin et accompagner votre proche l’après-midi, en déclarant une demi-journée d’AJPA (33,32 €) par après-midi non travaillé. L’objectif de l’AJPA est de compenser exactement les heures que vous ne pouvez plus consacrer à votre emploi.
Oui. L’AJPA est un revenu de remplacement, soumis à l’impôt sur le revenu et au prélèvement à la source. Les montants perçus apparaîtront sur votre déclaration pré-remplie. À l’inverse, certaines autres compensations (comme le dédommagement perçu via la PCH par exemple) ont un traitement fiscal différent — n’hésitez pas à interroger les impôts (3939) si vous cumulez plusieurs aides.
Depuis le 1er janvier 2025, le plafond de 66 jours par proche a été assoupli : vous pouvez désormais réinitialiser ce compteur pour chaque nouveau proche aidé, jusqu’à 4 au total dans votre carrière, soit 264 jours maximum sur l’ensemble de votre vie professionnelle. En revanche, pour un même proche, une fois les 66 jours consommés, vous ne pouvez plus en bénéficier pour cette personne précise. D’autres aides peuvent prendre le relais : congé proche aidant non indemnisé, allocation de proche aidant via une mutuelle, soutien associatif.
Oui. L’AJPA n’exige pas que vous viviez avec votre proche, ni qu’il soit à domicile. Vous pouvez très bien percevoir l’AJPA pour accompagner régulièrement un parent en EHPAD : visites, démarches administratives, rendez-vous médicaux, gestion du quotidien autour du séjour. Ce qui compte, c’est le lien d’aidant régulier et la perte d’autonomie reconnue (GIR ou taux d’incapacité).
Oui. Aucune condition de proximité géographique n’est imposée. Si vous habitez à 500 km de votre mère et que vous prenez régulièrement des journées pour vous rendre auprès d’elle, gérer ses rendez-vous, organiser ses soins, vous pouvez tout à fait demander l’AJPA. L’aide reconnaît votre rôle, pas votre adresse.
Non, si les conditions de l’article D.3142-8 du Code du travail sont remplies (lien familial, perte d’autonomie documentée GIR 1-3 ou taux ≥ 80 %, préavis 1 mois). Seuls le fractionnement ou le temps partiel peuvent être refusés en l’absence d’accord collectif. En cas de refus injustifié, vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes.
Délai légal : Votre employeur dispose d’un délai de 15 jours pour vous répondre par lettre recommandée (article D.3142-9 du Code du travail).
Comptez en général 2 à 4 semaines entre l’envoi d’un dossier complet et le premier versement. Si la CAF doit demander des pièces complémentaires, le délai peut s’allonger. Vous pouvez suivre l’avancement de votre demande depuis votre espace personnel sur caf.fr ou msa.fr.
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📚 Sources officielles
- Service-public.fr — AJPA
- CAF — AJPA
- Légifrance — Code de la sécurité sociale (articles L168-1 à L168-12)
Article vérifié le 16 mai 2026 — montants 2026 issus des barèmes officiels.